Tu penses à fuguer?

Tu es dans une situation de conflit? Tu as de la difficulté à communiquer ou à négocier avec les personnes qui s’occupent de toi? Tu penses que tes droits ne sont pas respectés? Tu te sens étouffé? Tu as besoin de liberté? Tu as l’impression qu’ailleurs ce serait mieux? Tu te retrouves dans une situation qui, pour toi, est invivable? Tu as envie d’exprimer ton désaccord ou ta colère, mais tu ne sais plus comment?

Tu en as « ras-le-bol » et il faut que la situation change. Tu penses à fuguer.

Choisir cette option ou non mérite une réflexion. Afin de décider ce qui est le mieux pour toi, prend le temps de t’informer sur les options qui s’offrent à toi, sur les aspects à considérer si tu fais le choix de fuguer et sur les impacts possibles de la fugue sur ta situation. Ce qui suit vise à t’aider à prendre la décision la plus juste pour toi et à diminuer le risque de vivre de mauvaises expériences.

Les possibilités qui s’offrent à toi

Même si la situation dans laquelle tu te trouves actuellement te pousse à croire que ta meilleure option est de quitter ton milieu, essaye de retrouver ton calme et de garder ton sang-froid. Même si cela est difficile, il est préférable de ne pas prendre de décision hâtive ou guidée par des émotions telles que la rage, la tristesse, la peur, l’anxiété, l’envie, l’euphorie, la révolte, etc. Les décisions prises trop rapidement ou de manière impulsive ne sont pas toujours les meilleures.

Il est important de ne pas rester seul face à tes problèmes. Essaye de trouver du soutien pour t’accompagner au fil de ta réflexion et de ta prise de décision. Parler de ce que l’on vit est un moyen de faire face aux situations difficiles. Cela permet à plusieurs personnes de se libérer de la charge émotionnelle qui les envahit ou tout simplement d’y voir plus clair. En plus de l’importance d’être écouté à travers ce que tu vis, un bon appui peut sans doute t’apporter du réconfort, la possibilité de souffler un peu et peut-être même t’orienter vers de nouvelles pistes de solution.

Tu peux essayer d’en parler à une personne de confiance qui pourra t’écouter sans te juger ou t’influencer. De plus, quelqu’un qui n’est pas impliqué directement dans la situation peut plus facilement t’offrir un regard neuf et te permettre d’entrevoir des solutions différentes.

S’il n’y a personne dans ton entourage immédiat à qui tu peux te confier (ami, famille, connaissance proche), il existe d’autres possibilités. Cette personne de confiance peut aussi être un intervenant, un travailleur social, un éducateur, un professeur, un psychoéducateur, un infirmier, un médecin, etc. Il existe également des organismes qui peuvent t’accompagner et t’épauler.

Au-delà du soutien que tu peux recevoir en parlant avec quelqu’un, tu peux également envisager la possibilité de faire intervenir directement une personne neutre comme médiateur entre toi et la ou les personnes avec qui tu vis la situation qui t’amène à penser à fuguer.

Enfin, parfois, attendre que la poussière redescende et prendre du recul peut être bénéfique dans la résolution d’un conflit. L’idée de faire une pause, que ce soit pour la journée, pour une nuit ou encore pour quelques jours, est une possibilité à considérer. Et dis-toi que si tu ressens ce besoin, il est probable qu’il en soit de même pour la ou les personnes impliquées dans le problème à résoudre.

Si tel est ton souhait, fais une proposition qui puisse être acceptable pour la personne qui a ta responsabilité légale. Par exemple, propose un lieu sécuritaire où tu habiteras le temps nécessaire, détermine une fréquence pour donner de tes nouvelles, nomme des personnes de confiance en référence, etc.

N’hésite pas à faire appel à ta famille élargie pour trouver une solution temporaire. De plus, il existe des ressources qui peuvent te soutenir, dont les centres de santé et de services sociaux (CSSS), les lignes d’écoute et les organismes communautaires.

D’autre part, n’oublie pas que si tu es régi par certaines lois, dont la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) et le Code civil du Québec, les personnes qui sont responsables de toi le sont aussi. Ces lois te confèrent des droits et il est juste que tu souhaites les faire respecter. Alors, si tu as l’impression que l’on a porté atteinte à certains de tes droits ou libertés, sache qu’il existe des recours.


Les questions légales importantes à savoir


N’oublie pas que si la fugue n’est pas un délit au sens même de la loi, elle implique par définition des actes « non autorisés » qui peuvent, eux, avoir des conséquences importantes sur ta situation.

Même si les règles diffèrent en fonction du lieu d’origine de la fugue (milieu familial ou autre milieu de garde), dans tous les cas, un avis de fugue risque d’être déposé à la police qui aura comme rôle de te retrouver.

Dans le cas d’une fugue du milieu familial, un signalement peut également être déposé auprès de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui évaluera la situation et décidera ou non d’une mesure à mettre en place (suivi au sein du milieu familial, placement en institution, etc.).

Dans le cas d’une fugue d’une institution (centre de réadaptation, centre hospitalier ou famille d’accueil), les implications peuvent être multiples : la fermeture de ta place après un certain temps, ton transfert vers un autre établissement, la remise en cause de certains projets ou privilèges et le recours à des mesures de protection (arrêt d’agir ou encadrement intensif) en sont certains exemples.

Attention ! Si tu décides de fuguer, cela ne veut pas nécessairement dire que tu auras à faire face à ces conséquences. Il existe autant d’issues à une fugue qu’il existe de jeunes en situation de fugue. Mais dans tous les cas, il est nécessaire de connaître les incidences possibles pour arriver à faire un choix éclairé. Alors n’hésite pas à faire appel aux ressources disponibles :aide juridique, organismes de défense des droits, etc.


Quelques réalités et conseils liés à la fugue


Si tu décides de fuguer, il est probable que dans un premier temps, tu aies la sensation que tout est extraordinaire. Tu te sentiras libre, loin des problèmes qui t’ont poussé là. Mais rapidement, tu feras face à certaines exigences, que tu t’y sois préparé ou non : te nourrir, dormir, te laver, où passer ton temps.

De plus, puisque la fugue, par définition, est un acte « non autorisé », elle implique que tu seras sans doute recherché, alors que de ton côté, tu ne tiens probablement pas à ce que l’on te retrouve. Alors, où iras-tu?

Si tu comptes sur des amis pour t’héberger, il est important que tu saches qu’ils pourraient se retrouver en situation d’illégalité. En effet, selon la loi, il faut le consentement des parents ou d’une personne ayant l’autorité parentale pour qu’un hôte puisse héberger chez lui un mineur en toute légalité.

Il existe des organismes susceptibles de pouvoir accueillir des mineurs en situation de fugue. Ce ne sont pas des lieux où tu peux te cacher, mais où tu peux, par contre, être en sécurité. Ce sont également des endroits où tu peux te nourrir, te laver et dormir, et ainsi te donner la possibilité de réfléchir à ta situation en toute tranquillité. N’hésite pas à les contacter pour te renseigner sur leur fonctionnement.

Si tu décides de te débrouiller par tes propres moyens, prends en compte que tu devras faire face à certaines embûches liées directement à ta situation de fugue. En voici quelques exemples :

  • Difficulté à te trouver et à garder un travail, pour poursuivre tes études ou pour recevoir des formations dans ce contexte où tu es recherché et où tu n’as pas de lieu fixe où rester.
  • Difficulté à te trouver un logement par manque d’argent ou par absence d’endosseur pour signer un bail.
  • Difficulté à subvenir à tes besoins de base (manger, dormir, te laver et te vêtir) sans revenu et sans pouvoir compter sur les personnes qui en assument habituellement le rôle.

De plus, même si ce n’est pas ce que tu recherches, la fugue peut engendrer certaines situations dans lesquelles tu ne veux probablement pas te retrouver. Porte une attention particulière aux points suivants :

  • Participation à des actes répréhensibles par la loi (voler, « sauter le métro », « taxage », etc.).
  • Possibilité d’être sollicité ou recruté par des personnes ou des groupes à des fins illégales (gang de rue, sollicitation à des fins de prostitution, vente de drogues, etc.).
  • Consommation excessive (drogues, alcool, etc.).

Sache que des lignes d’écoute sont mises à ta disposition et qu’il existe des ressources où tu peux, en toute confidentialité, trouver de l’information sur ces sujets.