Démarche

Au fil de ses activités avec les mineurs et de ses collaborations avec d’autres organisations œuvrant dans le même domaine, l’organisme Dans la Rue a fait différents constats. En 2005, ces constats ont amené Sylvain Flamand, directeur de l’intervention à Dans la rue, à élaborer le projet de recherche-action intitulé Rejoindre les mineurs en fugue : une responsabilité commune en protection de l’enfance.

Les constats ayant mené à l’élaboration du projet.

  • Il n’existe pas de structure permanente documentant l’évolution de l’expérience de la fugue au Québec.
  • La population générale est profondément interpellée par ce que vivent les jeunes marginalisés, soit par souci de s’occuper de cette jeunesse porteuse du futur de notre société, soit par sentiment d’insécurité lié à une criminalité réelle ou imaginée.
  • Le rapport à la rue et par conséquent l’expérience de la fugue évoluent au rythme de la transformation de la culture de rue et des imaginaires d’appartenance des jeunes. Parallèlement, les intervenants se sentent rapidement dépassés dans leur compréhension de ce que peuvent vivre les jeunes.
  • Le statut de « jeune recherché » n’est pas sans conséquence sur les comportements qu’adopteront les jeunes en situation de fugue afin de ne pas retourner dans le milieu qu’ils ont voulu fuir ou quitter.
  • Les organismes communautaires ont des difficultés à rejoindre les mineurs en rupture avec leur famille ou les structures de protection, bien que selon les données disponibles le nombre de fugues n’a pas baissé de façon significative au Québec.
  • Les philosophies et les pratiques d’intervention en centres jeunesse se transforment, tout en étant rudement mises à l’épreuve.
  • Les services de police se questionnent quant à la cohérence et la pertinence de leurs interventions auprès des mineurs en situation de fugue.
  • Les connaissances dont dispose chacun des milieux œuvrant auprès des mineurs en situation de fugue sont différentes et complémentaires, mais peu partagées.

À la lumière de ces constats, ce projet d’une durée de trois ans, soit du 1er avril 2008 au 31 mars 2011, vise quatre objectifs principaux.


Les objectifs visés par le projet

  • Réactualiser notre compréhension de l’expérience de la fugue, telle qu’elle est vécue par les jeunes, les parents et les intervenants en organismes communautaires, en centres jeunesse et dans les services de police.
  • Documenter les pratiques d’intervention destinées aux mineurs en situation de fugue et développées par les centres jeunesse, les organismes communautaires et les services de police.
  • Mobiliser, dans une logique de complémentarité des expertises, les acteurs des centres jeunesse, des services de police et des organismes communautaires, afin d’amorcer un dialogue autour des pratiques d’intervention destinées aux mineurs en situation de fugue.
  • Planifier et expérimenter des projets et des pratiques d’intervention permettant de mieux rejoindre et protéger les mineurs en situation de fugue, sans toutefois restreindre leur développement.

Lorsque des jeunes en situation de fugue se retrouvent en dehors des circuits habituels, sans faire appel aux organisations pouvant les soutenir, les stratégies de survie auxquelles ils ont recours deviennent intimement liées à la criminalité (petits larcins et actes criminels, vente de stupéfiants, prostitution). Ainsi, à travers un processus de va-et-vient entre la recherche compréhensive et les groupes d’acteurs, ce projet de recherche-action vise à identifier les pistes à partir desquelles les organismes communautaires, les centres jeunesse et les services de police peuvent ensemble développer des pratiques d’intervention permettant de mieux accompagner les jeunes qui se retrouvent en rupture des dispositifs de protection qui leur sont adressés.

Outre la prévention des risques liés à la rue et aux activités dites criminelles pouvant marquer l’expérience de la fugue, ce projet s’intéresse également à la manière dont les différentes méthodes d’intervention actuelles répondent aux réalités vécues par les mineurs en fugue. Ces pratiques accordent-elles plus d’importance à la protection qu’au développement? Comment faciliter le retour de jeunes en situation de fugue vers un milieu favorisant la réalisation de soi? Est-ce qu’à trop vouloir les protéger on finit par restreindre leur développement?

Ce projet de recherche-action s’est déroulé dans quatre villes du Québec : Drummondville, Montréal, Québec et Trois-Rivières. Cette façon de faire respecte non seulement les dynamiques de mouvement des jeunes en situation de fugue, mais en plus favorise la mobilisation des groupes d’acteurs. Si la réalité veut que les jeunes circulent d’une ville à l’autre, il va sans dire que les intervenants doivent aussi franchir les frontières de leur propre milieu pour offrir une certaine constance sur le parcours de ces jeunes. En mettant en action des groupes d’acteurs de quatre villes différentes, nous expérimentons les possibilités et les limites de la création de réseaux pouvant s’adapter aux différentes réalités vécues par les jeunes en fugue.

Le jeune fugueur, citoyen d’un monde en voie de développement, va déranger, alerter, solliciter, réveiller : il oblige à rajeunir, il oblige à renaître. Cette leçon aux aînés est constructive et optimiste, mais elle est dure pour tous : elle soulève le problème universel de l’autorité, ce chemin parcouru ensemble dans la conviction de ce que l’être vieillissant peut encore, toujours, créer de nouveau (Messerschmitt, 1987).


Les trois composantes du projet.

L’atteinte des objectifs visés par le projet s’appuie sur le déploiement de trois composantes qui se supportent et s’alimentent entre elles.